Anne‑Lise Ducanda est médecin, lanceuse d’alerte concernant les dangers des écrans sur le développement de l’enfant. Lorsqu’elle exerce comme médecin de PMI en région parisienne, elle constate qu’il y a de plus en plus d’enfants en difficulté et que la majorité d’entre eux sont surexposés aux écrans. A l’arrêt des écrans, elle observe une nette diminution des troubles. Elle alerte dans une vidéo sur YouTube en 2017 (1) en direction des familles, des professionnels et des pouvoirs publics. Dans la même année, elle co-fonde le CoSE (www.surexpositionecrans.org) (2) avec des professionnels qui partagent les mêmes constats, puis rejoint Screenpeace (3), une association qui lutte contre les effets négatifs des écrans chez les enfants. Sa vidéo d’alerte est vue par de nombreux parents du monde entier qui la sollicite pour la prise en charge de leur enfant surexposé. Elle commence ainsi dès 2017 à mener des consultations spécialisées sur cette problématique, notamment au domicile des parents. En 2020, elle ouvre près de Bordeaux une consultation libérale dédiée aux enfants surexposés aux écrans de 0 à 18 ans mais continue à voir des enfants dans le monde entier lors de ses conférences à l’étranger. En 2021, ce sera l’écriture et la publication de son livre « Les tout-petits face aux écrans, comment les protéger » (4) qui traite des dangers de la surexposition aux écrans à tous les âges et propose des solutions concrètes pour soutenir la parentalité et le développement de l’enfant.
Aujourd’hui, elle fait référence dans le domaine et forme de nombreux professionnels en France et à l’étranger, elle alerte régulièrement dans les médias et est sollicitée par les pouvoirs publics pour faire évoluer les pratiques. Le 3ème baromètre enfance et numérique (5) publié le 29 janvier 2025 montre que désormais de nombreux enseignants font les mêmes constats qu’elle : « Le lien entre l’usage des écrans et les difficultés de développement chez l’enfant apparaît comme une évidence chez les professeurs. Ainsi, 96% ont déjà envisagé ce lien, dans le cas d’un contenu inadapté (93%, dont 57% souvent) et encore plus fréquemment dans le cas d’un temps d’exposition excessif (96%, dont 74%). Par ailleurs, quasiment l’intégralité des professeurs s’accordent à dire que ces difficultés de développement - telles que des troubles du comportement et des difficultés d’apprentissage - sont de plus en plus visibles chez les enfants en classe (respectivement 94% et 89% observent une augmentation) ». Anne-Lise Ducanda réalise une dizaine de conférences par mois et reçoit de nombreux témoignages de professionnels et de parents. Ces derniers témoignent des changements qu’ils ont pu opérer dans leur quotidien grâce aux conseils diffusés dans la vidéo d’alerte et dans son livre. A l’arrêt des écrans, ils décrivent des progrès significatifs dans le développement de leur enfant y compris pour ceux qui avaient reçu un diagnostic de troubles du neurodéveloppement.
Anne-Lise Ducanda est diplômée en médecine générale en 1997, à la faculté Broussais - Hôtel-Dieu (Paris VI). Elle valide un Diplôme Universitaire à Paris Descartes intitulé « Santé et développement de l’enfant » en 1999 puis exerce ensuite en Protection Maternelle et Infantile. Dans le cadre de ces missions, elle réalise des consultations pour les enfants de 0 à 6 ans et des bilans médicaux dans les écoles maternelles. Elle exerce 17 ans en Essonne puis 3 ans en Gironde. Depuis 2017 et la publication de sa vidéo, elle réalise des consultations spécialisées pour les enfants surexposés aux écrans, des conférences et des interventions auprès des parents et des professionnels. Ces interventions sont majoritairement en France mais elle est aussi sollicitée à l’international (Belgique, Luxembourg, Roumanie, UK, Dubaï, Seychelles, Maroc, Côte d’Ivoire, Canada, USA).
En 2023, Anne-Lise Ducanda est reçue par le ministre chargé du numérique Jean-Noël Barrot, qui se montre engagé sur cette problématique. S’ensuit des annonces du Président de la République qui met en place une commission d’experts en janvier 2024. Elle est auditionnée par cette commission avec le collectif CoSE pour partager les constats cliniques du terrain et les recommandations élaborées par le collectif. Le 30 avril 2024, la commission rend au gouvernement son rapport (6) qui souligne la nécessité de protéger les enfants d’un usage problématique des écrans. Ils écrivent notamment : « …La Commission a acquis la conviction qu’elle devait assumer un discours de vérité pour décrire la réalité de l’hyper connexion subie des enfants et des conséquences pour leur santé, leur développement, leur avenir, pour notre avenir aussi... celui de notre société, celui de notre civilisation, et peut-être même celui de notre humanité. » Ce rapport émet des recommandations similaires à celles d’Anne-Lise Ducanda et de son collectif CoSE.
Dans sa vidéo publiée en 2017, le Dr Ducanda décrit les symptômes qu’elle repère chez les jeunes enfants surexposés précocement aux écrans. Elle nomme notamment des « troubles qui sont exactement identiques aux troubles autistiques » (extrait de la vidéo de 2017). Fin mai 2017, elle co-signe une tribune dans le journal Le Monde intitulée « La surexposition des jeunes enfants aux écrans est un enjeu majeur de santé publique » (7), où il est relaté les troubles que peuvent développer les enfants lors d’une surexposition aux écrans. Il y est notamment mentionné des « symptômes très semblables aux troubles du spectre autistique ».
Malgré un consensus de terrain de plus en plus observé sur les dangers des écrans, certains « experts » lancent une controverse contre le Dr Ducanda allant jusqu’à souligner sa responsabilité dans la diffusion de l’idée que les écrans provoqueraient l’autisme (par exemple, la tribune dans le monde « Enfants face aux écrans, ne cédons pas à la démagogie » (19)). Certains journalistes comme Jean-Yves Nau (dans la Revue médicale suisse) et Olivier Monod (dans checknews du journal Libération) décrédibilisent le Dr Ducanda.
Pourtant, Anne-Lise Ducanda n’a jamais confondu Autisme et Troubles des interactions dus à une surexposition aux écrans. Ceci est confirmé par la Chambre Disciplinaire de l’Ordre des Médecins qui a traité, en 2018, 4 plaintes de parents d’enfant autiste déposées contre elle à l'Ordre des médecins du Département de l’Essonne. Après avoir examiné les faits et les propos du Dr Ducanda, la Chambre Disciplinaire de l’Ordre des Médecins rejette les accusations proférées contre le Dr Ducanda sur cette question : « … Il ne ressort d’aucun document… que le Dr Ducanda ait jamais dit ou écrit que l’autisme pourrait être provoquée par la surexposition aux écrans, ni promis la guérison de l’autisme par l’éloignement des écrans. Le Dr Ducanda, fait valoir qu’elle a constaté au cours de ces consultations de médecin de PMI de l’Essonne, que de plus en plus d’enfants âgés de 0 à 4 ans présentaient des troubles identiques aux Troubles du Spectre Autistique, qu’elle a fait le lien entre ces troubles et la surexposition aux écrans à laquelle ces enfants étaient confrontés et a décidé, soutenue par de nombreuses institutions dédiées à la formation et à l’information du public, ainsi que par le ministère de la santé et par le CSA, de mener une action d’information sur ce point… qu’elle produit de nombreuses études…faisant état des mêmes constatations; que le devoir du médecin étant de prévenir de la survenue d’un risque lié à un comportement, même si ce risque n’a pas encore été du point de vue scientifique clairement établi. Il ne saurait être reproché au Dr Ducanda d’avoir tenté d’alerter la communauté médicale afin que des études et recherches scientifiques soient entreprises concernant ces constatations, et d’enrichir le débat…qu’elle s’est bornée à faire état de ses constatations et à prescrire l’éloignement des enfants âgés de moins de 6 ans des écrans et qu’elle n’a jamais parlé de l’autisme, mais de symptômes ressemblant aux troubles autistiques; qu’elle a ainsi fait un usage prudent de sa liberté d’expression…Les fautes déontologiques reprochées au Dr Ducanda ne sont nullement établies. Il s’ensuit… que les plaintes présentées par Mme X, Mme Y et M. Z à l’encontre du Dr Anne-lise Ducanda doivent être rejetées ».
Le Dr Ducanda a clarifié sa position sur le sujet à plusieurs reprises, précisant que les symptômes ressemblent au spectre de l’autisme mais que c’est un nouveau trouble qui n’est pas de l’autisme. Elle explique que les écrans font écran à la relation, impactant fortement les interactions indispensables à la relation d’attachement parents-bébé et l’exploration du monde réel par l’enfant. Les étapes du développement sont manquées et l’enfant présente alors un retard de développement, parfois massif, pouvant prendre toutes les allures d’un Trouble du Spectre de l’Autisme. De récents articles mettent en évidence le lien entre une surexposition précoce aux écrans et le développement de symptômes d'allure autistique dit « autism-like » (voir ci-dessous bibliographie autism-like et temps d'écrans).
Pour les enfants surexposés aux écrans, l'arrêt des écrans permet une amélioration significative voire une disparition de l’ensemble des symptômes, ce qui n’est pas le cas pour les enfants atteints de Troubles du Spectre de l’Autisme bien que l’on puisse observer une amélioration des comportements à l’arrêt des écrans. Pour éviter toute confusion, elle propose avec le Professeur Daniel Marcelli en 2018 (8), d’introduire le syndrome EPEE « Exposition Précoce et Excessive aux Ecrans » pour distinguer les troubles liés à la surexposition aux écrans et les troubles du spectre de l’autisme. Le syndrome EPEE « associe principalement trois ordres de troubles concernant les domaines de l’attention/concentration, du langage, de la relation aux autres ».
Malgré l’annulation de 4 conférences en lien avec cette polémique, le Dr Ducanda est constamment sollicitée pour partager ses connaissances (20), que ce soit par des établissements publics ou des associations qui observent les mêmes difficultés des enfants surexposées aux écrans.
Certains scientifiques ne reconnaissent pas, ou seulement partiellement, le rôle des écrans dans les difficultés développementales de certains enfants. La plupart d’entre eux ne sont cependant pas spécialistes de l’enfance ou simplement ne sont pas des professionnels du terrain. Le Collectif Surexposition Écrans et d’autres associations (Collectif Attention (21)) questionne le rôle des lobbys du numérique dans la négation des difficultés liées à la surexposition aux écrans. L’action des lobbyistes du numérique est de plus en plus questionnée et a été étudiée notamment par l’UNESCO (22).
Aishworiya R. et al., « Are There Bidirectional Influences Between Screen Time Exposure and Social Behavioral Traits in Young Children? », J Dev Behav Pediatr, vol. 43, no 6, p. 362-369, août 2022.
Alrahili N. et al., « The Association Between Screen Time Exposure and Autism Spectrum DisorderLike Symptoms in Children », Cureus, octobre 2021.
Chonchaiya W. et al., « Comparison of television viewing between children with autism spectrum disorder and controls », Acta Paediatrica, 100, juillet 2011.
Dieu-Osika S., Bossière M.-C., Osika E., « Early Media Overexposure Syndrome Must Be Suspected in Toddlers Who Display Speech Delay With Autism-Like Symptoms », Global Pediatric Health, 7, juin 2020.
Gaddour N., Brahim T., « What role is played by early and intensive TV viewing in Autism Spectrum Disorder? », Communication in Abu Dhabi, 2018.
Han-Yu Dong et al., « Correlation Between Screen Time and Autistic Symptoms as Well as Development Quotients in Children With Autism Spectrum Disorder », Front Psychiatry, janvier 2021.
Harlé B., « Intensive early screen exposure as a casual factor for symptoms of autistic spectrum disorder: the case of “virtual autism” », Trends in Neuroscience and Éducation, 2019.
Heffler K. et al., « Causation model of autism: audio-visuel brain specialization in infancy competes with social brain networks », medical hypotheses, juin 2016, 91, p. 114-122.
Heffler K. F. et al., « Association of Early-Life Social and Digital Media Experiences With Development of Autism Spectrum Disorder – Like Symptoms », JAMA Pediatrics, juillet 2020.
Heffler K. F. et al., « Early-Life Digital Media Experiences and Development of Atypical Sensory Processing »,Jama Pediatrics, janvier 2024.
Hermawati D. et al., « Early electronic screen exposure and autistic-like symptoms », Intractable Rare Dis Res, février 2018.
Jahan A., Rezina-Parvin SZR., Bugum D., « Familial, social and environmental risk factors in autism: a case-control study », Bangladesh Medical Research Council Bulletin; 40: 113-117, 2014.
Kheir NM., Ghoneim OM, Sandridge AL et al., « Préoccupations et considérations des soignants d’un enfant autiste au Qatar », BMC research notes; 5: 290. 2012.
Kushima M. et al., « Association Between Screen Time Exposure in Children at 1 Year of Age and Autism Spectrum Disorder at 3 Years of Age: The Japan Environment and Children’s Study », JAMA Pediatrics, janvier 2022.
Lin Ping-l., « Screen Time Before 2 Years of Age and Risk of Autism at 12 Years of Age », Jama Pediatrics, november 2024
Waldman M. et al., « Autism prevalence and precipitation rates in California, Oregon and Washington counties », Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine,162-11, nov. 2008.
Wu X. et al., « The relationship between screen time, night time sleep duration and behavioral problems in preschool children in China », European Child & Adolescent Psychiatry, 26, mai 2017, p. 541-548.
Yurika N. U. et al., « Attachment disorder and early media exposure: neurobehavioral symptoms mimicking autism spectrum disorder », The Journal of Medical Investigation, 65, 2018.
Zamfir M. T., « The consumption of virtual environment more than 4 hours/ day, in the children between 0-3 years old, can cause a syndrome similar with the autism spectrum disorder », Journal of Romanian literary studies, 13, 2018.
En 2018, elle publie l'article publication Plaidoyer pour un nouveau syndrome « Exposition précoce et excessive aux écrans » (epee) dans la revue Enfance & Psy avec le Dr Marcelli et le Dr Bossière (8) . En 2020, elle publie de nouveau un article intitulé L'exposition précoce et excessive aux écrans EPEE : un nouveau syndrome dans la revue Devenir avec le Dr Marcelli et le Dr Bossière (11). En 2021, elle publie le livre Les tout-petits face aux écrans, aux éditions du Rocher (4).
(1) https://www.youtube.com/watch?v=9-eIdSE57Jw
(2) https://www.surexpositionecrans.fr
(4) A.L DUCANDA. « Les tout-petits face aux écrans - Éditions du Rocher », sur editionsdurocher.fr
(5) Fondation pour l'Enfance, « L’impact des usages numériques sur le développement des jeunes enfants : notre 3e baromètre est sorti ! »Lien vers le 3ème baromètre
(6) Rapport de la commission écrans, « Remise du rapport de la commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans. », sur elysee.fr.
(7) « La surexposition des jeunes enfants aux écrans est un enjeu majeur de santé publique » », Le Monde, 31 mai 2017 (lire en ligne)
(8) Daniel Marcelli, Marie-Claude Bossière et Anne-Lise Ducanda, « Plaidoyer pour un nouveau syndrome « Exposition précoce et excessive aux écrans » (epee) », Enfances & Psy, vol. 79, no 3, 6 décembre 2018, p. 142–160 (ISSN 1286-5559, DOI 10.3917/ep.079.0142, (lire en ligne)
(9) Envoyé spécial. L'addiction aux écrans : "héroïne numérique" - 18 janvier 2018 (France 2), Envoyé Spécial (22 janvier 2018, 45:23 minutes) https://www.youtube.com/watch?v=DyK4vxbAmwQ
(10) Enfance : les liens en danger, Anne-Lise Ducanda (27 janvier 2020, 617 minutes)https://www.ted.com/talks/anne_lise_ducanda_enfance_les_liens_en_danger
(11) Daniel Marcelli, Marie-Claude Bossière et Anne-Lise Ducanda, « L’exposition précoce et excessive aux écrans (EPEE) : un nouveau syndrome », Devenir, vol. 32, no 2, 24 juillet 2020, p. 119–137 (ISSN 1015-8154, DOI 10.3917/dev.202.0119), lire en ligne)
(12) ZI_SanteDesEnfants_Master_VF_H264_HD_Rec709G24_25fps_20_V1, Flair Production (25 septembre 2023, PT01H27M51S minutes) voir en ligne
(13) A.L DUCANDA, « Les tout-petits face aux écrans - Éditions Litos », sur editionslitos.fr
(14) 77 en vidéo, (7 juin 2024, 32:54 minutes)
(15) 77 en vidéo, (7 juin 2024, 36:34 minutes)
(16) « DU Parcours des 1000 premiers jours : accompagner la famille - UFR3S », sur ufr3s.univ-lille.frProgramme du DU
(17) « DU - accompagnement de la parentalité. La qualité de la relation au cœur du développement de l’enfant », sur Formation Continue Sorbonne UniversitéProgramme du DU
(18)Programme du sommet mondialUnderstanding Virtual Autism, « Screen Time & Early Child Development World Summit 2025 », sur Understanding Virtual Autism, 31 janvier 2025
(19) « Enfants face aux écrans, ne cédons pas à la démagogie », Le Monde, 14 février 2018 lire en ligne
(20) CoSE, « Les conférences des membres de CoSE »https://surexpositionecrans.fr/les-dernieres-actions-de-cose/
(21) « Collectif Attention – surexposition aux écrans : la société civile s'organise », 21 décembre 2023https://www.collectifattention.com/
(22) Rapport de l'UNESCO